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La Nouvelle République « Jean-Pierre Raffarin : L'Europe en « déficit de leadership », Article d’Alain DEFAYE du 27 août 2026.
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Article La Nouvelle République
Avec l’aimable autorisation de « La Nouvelle République »
« Le leadership : une pensée du pouvoir »
Préface du SHERIF 2026 – Le leadership : questions à 360° !, Fondation Prospective & Innovation, Ginkgo Editeur, 2026
Ancien Premier ministre
Président de la Fondation Prospective & Innovation
Professeur à l’ESCP Business School
« Le leadership apparaît de plus en plus comme une pratique du pouvoir au sein de la gouvernance mondiale mais aussi au sein de la science politique pour analyser les différents régimes nationaux, voire au cœur des organisations pour penser le management du futur. Évidemment, les livres sur le développement personnel font maintenant une large place au leadership.
Au total, quand on croise les pratiques du leadership dans ces différents univers (Diplomatie, Science politique, Management, Développement personnel) on découvre une véritable pensée du pouvoir et de l’action.
Un premier point de clarification s’impose quand le leadership concerne le politique. Le concept a besoin d’un qualificatif pour être vertueux. En effet, le dictateur est un leader. Aussi il est nécessaire que cette nature du pouvoir soit qualifiée pour être vertueuse. Plusieurs approches sont possibles : leadership partagé, démocratique, horizontal, ascendant, humaniste, etc.
En ce qui me concerne, mon choix de qualificatif m’est suggéré par ma définition du leader : « une personne qui incarne une force motrice et qui met en harmonie une vision, une méthode et un groupe ». Une population, une destination et un chemin. Mon idéal est plutôt « le leadership d’harmonie ».
Évidemment, la puissance du leadership est celle de l’incarnation qui permet à la fois l’expression de la complexité mais aussi de la lisibilité. Le leadership a ses qualités telles que l’incarnation, la cohérence ou l’autorité mais il produit aussi des dérives telles que « l’exercice solitaire du pouvoir », le manichéisme, ou l’égocentrisme.
Il convient donc d’avoir en tête la complexité du concept quand on le décline dans notre actualité, lui qui a émergé au moins cinq siècles avant Jésus-Christ, simultanément en Grèce avec Périclès et en Chine avec Confucius. »
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« Le leadership pour tous : une pensée nouvelle du leadership »
Ancien Premier ministre
Président de la Fondation Prospective & Innovation
« Le leader est, le plus souvent, l’un des meilleurs.
Sa « sélection » peut être due à ses qualités innées (vision, charisme, caractère, empathie, sens du temps, goût de la compétition…) ou à ses forces acquises (compétences, expression, stratégie, organisation, ressources humaines, management…). Parfois, le leader a trouvé sa légitimité dans des circonstances, souvent impromptues, parfois son exemplarité ou son rapport de forces l’a placé en pole position.
Suivant les continents, à l’Ouest ou à l’Est, le leader s’expose ou se protège. Suivant les périodes, il incarne la distance (autorité, expertise, hiérarchie, prestige…) ou bien la proximité (convivialité, humour, horizontalité, relationnel…). En Chine, traditionnellement, le chef est caché dans la Cité Interdite, en Europe il est souvent surexposé.
L’étude du leadership dans l’histoire et sur la planète, parmi les politiques, les entrepreneurs ou au sein de la société civile, m’a convaincu qu’il y’a autant de leaderships qu’il y’a de cultures. L’analyse est comparable au niveau des nations, des groupes ou des personnes. Partout, on définit le leadership selon les cultures environnantes en fixant des priorités différentes parmi les divers paramètres tels que la vision, les rapports de forces, la stratégie, les réseaux, le talent de l’expression, la communication, le charisme, etc… Parfois, on privilégie la destination, parfois le chemin. En créant des dosages très exigeants, on compose des modèles de leadership différents mais tous exceptionnels, finalement réservés à quelques-uns. Winston Churchill est un magnifique modèle, mais les copies sont rares.
En revanche, il m’est apparu que les douze qualités, généralement énoncées dans les milieux académiques, pour qualifier un leader sont largement distribuées dans toute la population. Le grand chelem est peut-être rare mais il est encore plus rare qu’une personne soit privée de toutes ces qualités à la fois : légitime, créative, courageuse, disponible, stratège, influente, connectée, organisée, respectueuse, bienveillante, sereine, visionnaire.
Ainsi, chacun de nous peut faire son examen personnel de leadership.
Il faut commencer par mesurer ses qualités et identifier ses déficits. Le développement personnel consiste alors à épanouir les unes et à corriger les autres. Les occasions de s’intéresser à son propre leadership sont multiples, ne serait-ce que pour se piloter soi-même. Il n’est pas non plus inutile de savoir apprécier celui des autres. Mais aussi dans la vie familiale, l’exercice professionnel, les participations à la société civile, ou l’animation des loisirs... Les occasions de participer à une dynamique collective sont nombreuses. « Rendre cohérents une destination et un chemin », véritable mission du leader, est une exigence qui se présente à tous plusieurs fois par jour. Écarter certaines dérives comme l’exercice solitaire du pouvoir ou le manichéisme est aussi profitable pour tous. Cultiver sa part de leadership est ainsi une façon humaniste de faire progresser à la fois la personne et la cohésion sociale. A chacun son leadership, ce n’est pas un domaine réservé. »
Retrouvez ces réflexions dans Le leadership pour tous. Mieux piloter ses ambitions, Jean-Pierre Raffarin, Éditions Michel Lafon Poche, 2023.
